Abattage de loups en France: Quels enjeux pour les associations et le gouvernement ?

Ségolène Royal voulait protéger la bergerie mais c’est l’inverse qui s’est produit. Depuis 1992, au moment du retour du Loup en France dans les Alpes, les associations de protection de l’espèce n’ont jamais autant été en colère contre l’abattage, devenu massif. Elles sont aujourd’hui une dizaine à interpeller Nicolas Hulot, le Ministre de la transition écologique, selon France 3 régions et le Parisien. Parmi elles, la Fédération Nationale de l’environnement et la Ligue pour les Oiseaux.

Alors que seuls 360 à 400 individus ont été récemment recensés en France par l’Office de la Chasse et de la Faune Sauvage, des associations lancent un cri d’alarme et saisissent le Conseil d’Etat. Comme l’explique Jean David Abel de France Nature Environnement, l’ex ministre de l’écologie Ségolène Royal a voulu surprotéger les agriculteurs, au lieu de valoriser les loups, très menacés.

S’il y a trois ans, elle augmentait le plafond d’abattage par 6, elle faisait encore tuer un loup en avril dernier : un 38ème, après 9 mois de chasse intense.

« En 3 ans on est passés de 2 à 36. Et bientôt 40 par an à partir de juillet peut-être.Tout cela à cause de pressions d’élus et d’éleveurs qui voulaient se faire entendre. Elle n’a pas écouté ses scientifiques et ses conseillers. Et Christophe Castaner dans les Alpes, a aussi suivi l’idée ». Aujourd’hui pourtant « 50% des éleveurs sont immunisés contre les attaques ». Ils ont aussi reçu des aides financières de l’Etat en 2012.

Ce n’est donc pas le problème d’en supprimer « un ou deux », car les meutes augmentent, c’est la démarche qui dérange. Elle est en effet interdite par les conventions internationales. La neutralisation des bêtes étant surtout prévue en cas de « défense d’exploitations agricoles contre des prédateurs saisonniers et faite par des gardes du domaine public », déclare Yves Verilhac, président de la LPO et ex directeur du parc des Monts d’Ardèche.

Pourtant, il y a comme une habitude à prendre son fusil, grâce à une dérogation du Ministère : « Si vous tuez un individu d’une espèce protégée en Europe*, vous encourrez deux ans et 150000 euros d’amende, là, ce sont uniquement des tirs de défense. On comprend l’inquiétude des éleveurs, les besoins de sécurité, mais quand on arrive à 14%, soit 40 loups, c’est trop. Pendant ce temps, les lobbys sont satisfaits et les chasseurs en battue en profitent auprès du préfet ».

Cette chasse « abusive » comporte également des risques pour la reproduction. Elle « ne fait que déstructurer les meutes. Petits pas sevrés ou adultes, ils ne font pas la différence. Les saisons sont perturbées et il y a des risques de pollution génétique ». Il faudrait alors changer de comportement, « organiser la cohabitation avec les prédateurs, de la même façon qu’avec les ours et les lynx et se concentrer sur les élevages attaqués ».

D’ici la réunion du Comité national loup, qui se tiendra demain à Lyon, les représentants de ces associations espèrent faire entendre raison au ministre Hulot:

« On veut qu’il remette dans le prochain plan d’action national un rééquilibrage dans la gestion du dossier. De notre côté, nous fournirons des bilans de la saison, des attaques, des tirs ainsi que des scénarios avec des groupes de travail. Nous aurons aussi des expertises scientifiques. Et tenterons d’encadrer les tirs », espère Jean David Abel. Yves Verilhac en revanche est dubitatif : « Hulot ou pas Hulot, on va pas s’arrêter. Il a parlé d’une réflexion à partir de janvier, nous serons vigilants !

*Ils sont protégés par la convention de Berne de 1979 et la directive européenne Habitat-faune-flore de 1992.

Crédit photo : Christian Joulot

Valentine Puaux