Ancien prisonnier, des propositions pour moi ?

Yassine, 28 ans, est sorti de prison il y a maintenant 7 ans. Mais depuis les petits boulots s’enchaînent et les galères aussi. Le rêve de cet ancien prisonnier ? Comme pour beaucoup en réinsertion, “retourner à une vie normale”. Aujourd’hui, à 7 semaines de la présidentielle, pas une fois, le débat ne s’est porté sur ces personnes en réinsertion. À travers son témoignage Yassine espère faire évoluer les choses. 

“J’ai été incarcéré pendant deux ans et demi pour destruction de bien public et émeute”.

C’est en 2008 où tout à basculé pour Yassine. Après le meurtre de son ami dans une rixe, lui et ses “potes du quartier” sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère face à ce qu’il estime être une inacceptable indifférence, “un manque de compétence et de considération de la part des forces de l’ordre pour cette affaire“.

On était tous en colère et à chaud, on n’a pas pensé aux conséquences de nos actes“. C’est 4 mois après avoir brûlé des voitures et des abris bus de sa ville natale, Vitry-le-François, que Yassine s’est fait embarquer par la police en 2008 à cause de courriers anonymes.

La prison ne pense pas à l’après

 

En prison, t’es vraiment privé de tous tes droits“. Arrivé à la maison d’arrêt de Doué, Yassine n’a jamais pensé à “l’après prison”.En fait, en maison d’arrêt, tu ne penses pas à l’après, tu ne fais que subir l’instant présent“.

Le jeune détenu a vraiment mal vécu sa détention, qu’il raconte avec beaucoup de pudeur : “Les douches, c’est une fois tous les deux jours et on ne nous parle jamais de ce qu’on devrait faire après, ce qui nous importe, c’est simplement que notre balade quotidienne de 2 heures ne soit pas annulée“.

Quelques mois après avoir été incarcéré a Doué, ce grand brun a été transféré au centre de détention de Bapaume dans le Nord-Pas-de-Calais. “Là tout s’est vraiment mieux passé pour moi, car en centre de détention, tu es beaucoup plus libre. Et avec moins de pression, tu peux enfin prendre le temps de réfléchir à ton avenir.

Yassine n’avait qu’un but: s’en sortir coûte que coûte. Sans diplôme, il s’était inscrit au cours de formation que proposait le centre de détention. Mais une fois arrivé sur place, ce fut la désillusion pour le jeune homme. “Je pensais qu’on allait nous former à un vrai métier, mais au lieu de ça, on faisait des dictées et des cours de lecture“.

Dégouté par ce que l’État leur proposait, Yassine a décidé d’attendre la fin de sa peine sans lâcher son objectif : se “construire un avenir”.

Des Expériences ? Ex-tolard

 

Après la prison je pensais que tout allait s’améliorer et que je pourrai reprendre une vie normale, mais au final ça a été encore pire“.

Dès sa sortie de prison, Yassine gardant son look d’ado décide néanmoins de trouver un travail. Mais rien de plus dur que de trouver un travail dans une petite ville comme la sienne quand on sort de prison. Il se rend pourtant bien toutes les semaine chez la SPIP (Service de Probation et d’Insertion Professionnelle) mais cela ne lui a jamais rien apporter nous confesse-t-il.

” La SPIP ça sert a rien, on ne nous propose jamais rien de concret la bas. Si les anciens détenus s’y rendent c’est  simplement pour continuer de recevoir les aides de l’État”.

Mais les aides de l’État, Yassine en parle avec un léger dédain ” Les aides ? pff c’est 300 euros par mois environ, qu’est ce qu’on peut bien faire avec ça ?“. Pour lui, la réinsertion a été plus que difficile. Pendant les 2 ans qui suivent sa sortie, il enchaine les petits boulots au noir car personne ne veut l’embaucher dans sa petite ville à cause de son passé de prisonnier. Pour payer ses factures il commence alors a vendre de la droguemais j’ai lâché ça très vite, je voulais me réinsérer et pas faire encore pire. J’ai alors décidé de partir pour me sortir de tout ça“.

 

Partir pour mieux se reconstruire

 

Parti de sa ville natale, Yassine décide de s’installer à Paris pour fuir les mauvaises influences. “Ce que les jeunes on vraiment besoin pour se réinséré c’est d’abord un but en s’éloignant des mauvais fréquentations. C’est ce que l’État n’a toujours pas compris.” A Paris, le jeune homme a tout fait pour se trouver un travail, Yassine a cherché pendant des mois un CDD.

“J’ai envoyé 400 CV mais jamais aucune réponse. Je savais ce qu’il n’allait pas, c’était mon trou de 4 ans sur mon CV”.

C’est quand une amie lui a dit de falsifier son CV que Yassine a obtenu un entretient à la SNCF. L’ancien prisonnier à été accepté pour ce travail mais au moment de signer le contrat on lui a demandé la copie de son casier judiciaire. “Quand la RH m’a demandé mon casier judiciaire, j’ai tout de suite compris que le job qui pouvait me sortir de la galère n’était plus pour moi”. Yassine nous explique qu’il faut 5 ans avant qu’un casier judiciaire ne s’efface, pendant tout se laps de temps, rien ne semble possible pour lui.

“Sortir de prison n’est pas une fin en soit. Quand on sort de prison, en fait on est encore condamné 5 ans après”.

Depuis peu le jeune homme a retrouvé un travail où l’on ne lui a pas demandé de casier judiciaire. Si Yassine pouvait changer quelque chose quant à la situation des anciens prisonniers, ce serait d’accorder de vraies formations pendant l’incarcération afin que les détenus puissent avoir un objectif clair de carrière afin de pouvoir changer de vie. Il voudrait aussi que que l’État embauche d’anciens détenus afin de confirmer leur réinsertion et éviter qu’ils ne soient obliger de travailler au noir pour payer leurs factures. Mais à seulement quelques mois de l’élection présidentielle, et vu le peu d’intérêt que l’on a apporter au sujet, Yassine en est sûr “rien ne va changer de toute façon”. 

Nassim Gomri