Comment jouer un rôle politique quand on n’a pas l’âge de voter?

Comment faire pour se sentir impliqué dans la politique quand on a moins de dix-huit ans ? C’est une question que certains lycéens peuvent se poser à l’approche de l’élection présidentielle. Nous Président a rencontré ces jeunes militants très actifs. 

Il faut atteindre la majorité pour avoir le droit de vote, mais il n’y a pas d’âge pour s’intéresser à la politique. Du simple intérêt au fort engagement, certains mineurs trouvent le moyen de s’impliquer politiquement. Nous avons rencontré Kilian*, Ahmed, Arthur et Baptiste : ils nous racontent leur engagement précoce.

S’engager au niveau local

Le premier engagement peut se faire localement, que ça soit au sein d’une association ou au sein de sa commune. Depuis les années 1980, de nombreuses collectivités locales ont mis en place des instances de participation des jeunes. Pour un meilleur encadrement, l’Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes (Anacej) a été créée le 13 mars 1991. Elle vise à « promouvoir la participation des enfants et des jeunes à la décision publique et leur concertation au niveau local avec les élus », comme elle l’indique sur son site internet. Aujourd’hui, l’Anacej rassemble quatre cents villes, départements et régions. Elle est aussi très présente sur les réseaux sociaux pour accompagner les jeunes.

Kilian*, âgé de seize ans, fait partie du conseil communal des jeunes de sa commune. « J’ai rejoint l’aventure en décembre 2014, au moment de la création de ce CCJ, étant donné que je suis trop jeune pour le conseil municipal », explique-t-il. Le lycéen a entamé son deuxième mandat (un mandat dure deux ans, ndlr) et se réjouit de pouvoir contribuer à la vie de sa commune. Même s’il se dit frustré de ne pas pouvoir aller voter pour l’élection présidentielle, il vante les mérites de son expérience au CCJ. « Je peux aller assister aux conseils municipaux et constater que l’installation d’un skate-park prend du temps : il faut des enquêtes, des recherches, des financements, des appels d’offres… », énumère Kilian*. Il dit aussi avoir appris à travailler avec des personnes plus jeunes, comme plus âgées. « On participe comme les « grands » du conseil municipal », résume le lycéen.

Adhérer et militer pour un parti politique

Forts de leurs convictions, d’autres jeunes choisissent de rejoindre un parti politique avant leur majorité. Ahmed a seize ans et il collabore avec François Asselineau en militant pour l’Union populaire républicaine (UPR) dans sa ville de Reims. « L’implication en politique passe bien sur par le militantisme et l’adhésion à un projet », estime-t-il. A l’approche du premier tour de l’élection présidentielle, Ahmed doit accorder plus de temps chaque jour à son activité. Coup de chance : il est en vacances scolaires jusqu’au scrutin. « Je compte tracter et coller des affiches, mais aussi être présent sur les réseaux sociaux toute la journée », prévoit le jeune militant.

Arthur avait déjà un pied dans le monde politique à l’âge de neuf ans. « J’ai goûté à la politique en 2008, à l’occasion des élections municipales, pour lesquelles ma mère était membre d’une liste. J’assistais à toutes les réunions », se souvient-il. Il prend la décision d’adhérer à l’Union des Démocrates et des Indépendants (UDI) à l’âge de seize ans. « J’ai rapidement accédé au poste de Community Manager pour l’UDI Jeunes et j’ai eu la chance de monter un projet inédit de webradio au sein du parti », détaille Arthur, qui a maintenant dix-huit ans. Depuis, il a quitté le parti pour rejoindre la marche d’Emmanuel Macron, après la victoire de François Fillon à la primaire. « Les jeunes d’aujourd’hui feront la politique de demain, il est important de créer dès l’adolescence une réelle socialisation politique primaire », explique-t-il.

Une chance pour les jeunes, une chance pour les partis

Ces jeunes voient aussi cette implication comme l’occasion de mûrir et de se rapprocher du monde adulte. A 23 ans, Baptiste Ménard compte déjà huit années d’engagement politique avec le Parti socialiste. « J’ai grandi plus vite, j’ai pu faire beaucoup de rencontres et participer avec des débats avec des chercheurs ou des experts », se rappelle-t-il. Le secrétaire de la section PS de Templeuve (Nord) veut rassurer les plus jeunes qui hésiteraient à se lancer. « En 2011, pour les cantonales, j’avais tout de suite été intégré à l’équipe de campagne pour des tractages. J’ai un bon souvenir du contact avec les adultes », explique Baptiste.

Réciproquement, les partis politiques apprécient voir des jeunes les rejoindre. « Les jeunes peuvent venir massivement dans les partis, on en a besoin, leur regard est toujours intéressant », assure Baptiste. Pour la première fois, des 16-18 ans ont pu choisir un bulletin dans l’isoloir à l’occasion de la primaire de la gauche, en janvier dernier. Ces mineurs devaient être adhérent aux partis organisateurs de la primaire ou à leurs mouvements de jeunesse. « J’ai été président d’un bureau de vote et j’ai vu beaucoup de jeunes venir voter », affirme Baptiste. Ce vote pourrait être le point de départ d’un abaissement de l’âge des électeurs, proposé par plusieurs candidats à l’élection présidentiel.

*Le nom a été modifié à sa demande

Clément Gavard