Contractuels de la Fonction Publique : la face précaire de l’Etat

Ils représentent 17,3% de la population de la Fonction Publique en 2016. Le nombre d’agents sous contrat a augmenté de 14 à 17% en dix ans. Beaucoup de ces emplois se révèlent être précaires. L’Etat est donc loin de tout reproche et d’exemplarité dans le domaine de la lutte contre la précarité d’emploi.

Natacha, Marina et Vincent (*), trois jeunes d’une vingtaine d’années, travaillent chacun dans une des trois fonctions publiques (État, Territoriale et hospitalière) depuis au moins trois ans de manière plus ou moins continue. Ils ont tous multiplié au moins trois contrats de courte durée (inférieur à un an). Actuellement, deux sont en CDD et un en CDI.

Le recours à ces contrats est en principe l’exception comme lors d’un congé maternité. Cependant les administrations l’utilisent de plus en plus comme un moyen de flexibilité dans la gestion de leurs effectifs.

« Ma situation limite mes projets »

Dans le langage des mortels, parler de la fonction publique, c’est souvent l’associer à un refuge doré. Or même s’ils ne plaignent pas, ils répètent que d’autres sont encore moins bien lotis qu’eux, les langues se délient progressivement. Vincent, en poste dans un service ressources humaines, est le premier à faire part de son ressenti : « Ma situation actuelle ne me permet pas d’envisager des projets comme louer mon propre appartement. De plus, mon avenir incertain est source de stress

Leur situation professionnelle n’altère en rien leur motivation. Marina, contractuelle dans le milieu socio-éducatif, trasnmet sa motivation : « Mon métier, je l’adore. Je participe à donner des repères à des jeunes en difficulté, les aider à comprendre le monde qui les entoure. Je me sens utile. » Malgré des charges importantes de travail à effectuer, tous sont d’accord pour considérer leurs missions comme passionnantes et épanouissantes.

Ils font même plus d’heures que demandées légalement. Par exemple, Natacha, cadre de gestion en milieu hospitalier, travaille tard le soir et également le week-end pour mener à bien ses projets.

Même responsabilité, salaire moindre

Pour commencer, tous tiennent à préciser qu’ils ne revendiquent pas l’accession aux mêmes droits que les fonctionnaires. Pour eux le statut de fonctionnaire, obtenu après réussite à un concours,  doit continuer à être protégé.

Cependant, deux mots  vont vite faire leur apparition : reconnaissance salariale. Ils gagnent tous actuellement 1500€ net par mois. Ils aimeraient que leur engagement soit reconnu à sa juste valeur. Une revendication dont ils savent qu’elle a peu de chance d’être entendue. Natacha, titulaire d‘un master, s’est résolue à le prendre avec philosophie comme une expérience enrichissante avec l’exercice de ce poste à responsabilité.

Marina et Vincent souhaitent continuer dans la fonction publique et préparent des concours.

Un avenir en pointillé

Si le nombre de contractuels augmente chaque année, la raison première est la politique menée ces dernières années. Le nombre de postes ouverts n’est pas proportionnel au besoin d’effectif réel. L’Etat préfère ajuster sa politique en matière de ressources humaines avec ces emplois précaires.

Tous les trois suivront avec attention en cette période électorale les projets de chacun pour la fonction publique avec déjà un regard inquiet à l’énonciation de certains programmes. François Fillon a annoncé sa volonté de supprimer 500 000 emplois. Toutefois, le candidat des Républicains devra tout d’abord, comme ces jeunes contractuels de la fonction publique, affronter un avenir incertain.

(*) les prénoms ont été modifiés

Julien Morin