Étudiantes et candidates aux élections législatives !

Marie Bruniquel et Sophie Caillau sont deux jeunes étudiantes qui se présentent pour la première à une élection politique. Respectivement candidate de la 3ème  circonscription de Haute-Garonne et de la 14ème circonscription de Paris, les deux jeunes femmes se présentent à ces élections au sein du mouvement « Allons Enfants », un parti politique organisé et géré par des étudiants et jeunes actifs de 18 à 25 ans. Pour Nous Président, les deux candidates racontent les raisons de leur engagement et le déroulement de leur campagne. Portrait croisé.

Sophie, 21 ans, étudiante en master à Sciences Po Paris et candidate à la 14ème circonscription de Paris, s’est toujours intéressée à la politique, mais la jeune femme ne s’est jamais sentie représentée par un parti politique traditionnel, jusqu’à sa rencontre avec le mouvement « Allons Enfants » qui lui a tout de suite donné envie de s’engager : « Cela faisait plusieurs années que je m’intéressais à la politique, aux affaires publiques, mais je ne me sentais pas prête car j’estimais ne pas avoir assez de recul pour m’engager en connaissance de cause. Pendant mes premières années d’études, je me suis renseignée, j’ai attentivement suivi les différents débats, j’ai beaucoup lu, avec l’envie de me forger ma propre opinion, indépendamment des influences de ma famille, de mes amis, de mon entourage… Et le jour où je me suis enfin sentie prête, j’ai été bien embêtée : aucun des partis existants ne me donnait envie de le rejoindre. Je n’avais aucune envie de m’engager dans un mouvement de « jeunes avec xx » et de n’être qu’une fourmi dans la fourmilière. C’est alors que j’ai connu Allons Enfants, un parti dans lequel j’ai pu me sentir utile, même en étant jeune. Aucun des partis traditionnels et aucun des candidats ne m’a donné envie de voter pour lui ; il ne me restait donc qu’une solution : me présenter moi-même, avec un parti qui me donnait toutes mes chances de faire entendre ma voix. ».

De son côté, Marie, 20 ans, prochainement étudiante en Master à l’EFAP (école de communication) et candidate de la 3ème  circonscription de Haute-Garonne, a été séduite par le projet porté par le mouvement « Allons Enfants » dans lequel elle se retrouve complètement et qui lui permet aussi de se surpasser : «J’ai décidé de me lancer dans ces élections car je suis passionnée par le projet que porte Allons Enfants. Je me suis intéressée à la politique très inégalement dans ma vie, et je n’ai jamais trouvé de projet politique qui me donnait envie de m’engager. J’ai décidé de m’orienter professionnellement vers les métiers de la communication, et l’idée de mener une campagne électorale pour un mandat national m’a séduite, car je crois vraiment en Allons Enfants et j’ai envie de le faire grandir dans ma circonscription de naissance. C’est une expérience assez dingue, qui m’oblige à me dépasser (je suis très timide de nature) et qui m’apprend énormément. »

Lancées dans la course aux circonscriptions  de leurs différentes villes, les deux jeunes candidates ne ménagent pas leurs efforts pour mener à bien leur campagne électorale. Ainsi, bien que parfois confrontée à certaines difficultés, Sophie éprouve tout de même un grand plaisir à aller sur le terrain à la rencontre des électeurs :

18836197_10211139151467486_1816782431_o« Ce n’est pas tous les jours facile. Déjà parce que je me lève tous les matins pour aller tracter sur les marchés, après avoir collé mes affiches devant les bureaux de vote pendant la nuit. Et qu’en parallèle je dois gérer ma page Facebook pour faire parler de moi au maximum sur les réseaux sociaux. Et puis les réactions ne sont pas toujours très encourageantes (je pense par exemple à la dame qui a littéralement eu un fou rire quand je lui ai dit que je me présentais, ou alors à toutes ces personnes qui me disent que je ne fais pas mes 21 ans et qu’on m’en donnerait plutôt 15). Mais à part à ces moments là, je ne pensais pas que « faire campagne » me plairait autant. C’est super excitant d’aller sur le terrain, de rencontrer les habitants de ma circonscription et d’essayer de les convaincre du bien fondé de mon projet. Et souvent, les personnes que je rencontre sont très réceptives, impressionnées par mon engagement, et je ressors reboostée de mes séances de tractage. J’organise aussi un apéro mardi prochain (le 6) sur les pelouses du Trocadéro pour me présenter aux jeunes de la circonscription. »

Même son de cloche chez Marie, pour qui la campagne électorale permet également d’instaurer le dialogue entre des jeunes issus de sensibilités politique différentes :

image2« Ma campagne se déroule un peu comme celles de tous les autres candidats : collage des affiches de campagne, tractage dans des lieux stratégiques de la circonscription, réunion publique (le 30 mai, à 19h à Pin Balma) avec quelques exceptions. On est très présent sur les réseaux sociaux bien sûr, et on organise un « apéro politique » à la Prairie des Filtres, le 1er juin. Ce n’est pas un meeting, mais un rassemblement de jeunes qui veulent discuter politique autour d’une bière, avec des gens issus de sensibilités politique différentes. L’idée c’est de montrer comment Allons Enfants conçoit la politique : des débats d’idées constructifs et divers, dans une ambiance sympa. Je me suis entourée de jeunes qui sont motivées par le programme d’Allons Enfants, mais c’est une toute petite équipe avec peu de moyens.»

Concernant le financement de leur campagne, les deux étudiantes peuvent compter sur le mouvement  « Allons Enfants » qui a fait le pari  de financer à 100% les 58 campagnes électorales de ses candidats grâce au crowdfunding. Ainsi, la plateforme mis en place par le mouvement a réussi à récolter plus de 15 000€ de dons qui permet aux différents candidats de financer leur campagne notamment pour les tracts, les affiches et bulletins de vote à livrer dans chaque bureau.

Quant à l’issue de ces élections, Sophie se déclare lucide sur la portée de sa candidature, mais espère que cela pourrait servir de tremplin pour faire grandir le mouvement : « honnêtement je suis lucide, mes chances sont minces (particulièrement dans ma circonscription où le député-maire républicain est élu à la majorité absolue dès le 1er tour depuis 20 ans). Mais si, au niveau national, Allons Enfants arrive à obtenir 1% dans 50 circonscriptions, on bénéficiera de subventions de l’Etat qui nous permettront ensuite de nous développer et de faire une campagne de communication plus offensive pour faire entendre le message de la jeunesse. »

De son côté, Marie espère qu’en plus de faire émerger le mouvement, ces élections permettront également de faire avancé les mentalités et la vision du grand public sur le rapport des gens à la politique : « L’objectif principal, c’est d’avoir fait réfléchir les gens, à l‘issue de la campagne. Que ceux qui n’y croyaient pas se disent « ah ouais, ils ont fait une belle campagne, à même pas 25 ans », que les jeunes se disent qu’ils ont une place à se faire en politique, qu’ils aient envie de s’y impliquer. Et puis aussi de faire grandir Allons Enfants : que le parti soit connu au niveau national, et, on l’espère, créer une antenne à part entière à Toulouse. »

Quant à leur perception de la vie politique en France, les deux candidates s’accordent une fois de plus sur le fait qu’il est grand temps de changer les choses.

Pour Sophie, l’élection d’Emmanuel Macron met en lumière le désir de la population de voir un renouvellement total de la classe politique française, bien que la candidate déplore le manque de « jeune » investi par le parti du président de la République pour ces élections législatives : « Je suis convaincue que la dichotomie droite/gauche est obsolète, et l’élection de Macron au poste de Président de la République semble en être la preuve. La majorité des Français ne se reconnaît plus dans les partis traditionnels, et je trouve que ce qu’En Marche a réussi à faire est une formidable preuve de progrès, une preuve que notre système politique bouge enfin dans la bonne direction. Mais malgré cela, je trouve que ce changement ne va pas encore assez loin. Tout d’abord parce que les moins de 25 ans continuent à n’être pas représentés (seule 1 candidate de la République en Marche a moins de 25 ans), et surtout parce que Macron n’a pas mis fin à la personnalisation de la politique qui marque la Ve République, au contraire il l’a accentuée. Quand on a voté En Marche aux élections présidentielles, on a en réalité voté Macron. Emmanuel Macron, EM, En Marche… Vous aviez déjà fait le rapprochement ? Je trouve cela vraiment dommage qu’on ait toujours autant de mal à voter pour des idées et que l’on se concentre avant tout sur la personne qui les porte. »

Marie quant-à elle, se dit ravi de voir de nouvelles personnes s’engagées notamment avec le mouvement « En Marche ». Mais toutefois la jeune femme regrette le vieillissement de la politique en France, ainsi que son fonctionnement :

«Je trouve que la vie politique est vieille, pas forcément qu’en âge, mais aussi dans sa façon de fonctionner. Aujourd’hui, il y a plein de choses qui ne fonctionnent pas, et on ose pas essayer des solutions alternatives, penser différemment. J’aimerais que la politique soit plus dynamique, plus innovante. On l’a vu avec l’élection d’Emmanuel Macron : l’abstention était énorme, les gens sont un peu démoralisés par tout ça, ils se tournent vers les extrêmes…Mais on a aussi vu plein de gens s’engager pour la première fois en rejoignant En marche, et je trouve ça formidable. C’est très encourageant. »

Les deux candidates n’en oublient pas pour autant de s’adresser aux jeunes et futurs électeurs. Marie les invite notamment à s’engager afin de rendre la vie politique plus humble et plus honnête : « Je voudrais leur dire qu’il y a une place pour tout le monde dans le débat démocratique. Je ne ferais pas l’ENA, je ne veux pas faire carrière en politique. Mais j’aimerais m’impliquer au niveau local, pour pouvoir réfléchir et agir pour le bien commun. Il ne faut pas se décourager, on peut renouveler la vie politique et la rendre plus humble, plus honnête et passionnante. » Sophie quant-à elle, souhaite que les jeunes prennent conscience qu’ils sont l’avenir de la France et que la jeunesse doit redevenir une priorité pour les politiques : « Il ne faut pas avoir peur de s’engager. On nous laisse trop croire qu’en étant jeune on n’a pas assez d’expérience pour être crédible. Mais c’est faux. Je veux lutter contre l’autocensure dans laquelle il est facile de tomber quand on est jeune, car c’est justement la période de notre vie où on peut concrétiser tous les projets qui nous font rêver. Quand on est jeune, on déborde d’une énergie qu’il faut mettre à profit pour se faire entendre. Alors il est grand temps que la jeunesse redevienne une priorité pour les politiques publiques. Nous sommes la génération qui arrive, alors qu’on nous laisse la place et qu’on mette en œuvre des politiques qui nous concernent. Et pour cela, engagez-vous les jeunes ! Allons Enfants au Parlement ! »

 

Jeriko Kossa