Jeunes ou âgés : Que symbolise l’âge des politiques à travers l’Histoire ?

Ces dernières années, on assiste à une tendance anti-gérontocratique en politique. À l’instar de Justin Trudeau, Barack Obama, mais aussi d’Emmanuel Macron, les jeunes ont le vent en poupe. Épiphénomène ou véritable tournant social, la jeunesse n’a pas toujours fait l’unanimité au pouvoir. Suivant les époques et les pays, la symbolique de l’âge varie considérablement. 

Depuis une trentaine d’années maintenant, l’âge des chefs d’État français est revu à la baisse. De François Mitterand à Emmanuel Macron, on observe une différence générationnelle marquée par un écart de 28 ans au moment de la prise de fonction présidentielle, trois petites décennies qui ont permis au Kid de devenir le plus jeune président de la 5e République. Entre temps, les sexagénaires ont laissé place aux quinquagénaires, qui ont à leur tour cédé le trône à leurs cadets. Pas seulement hexagonale, cette « tendance » se retrouve également à l’international malgré l’omniprésence du conservatisme politique. En apparence novatrice, cette « parenthèse » s’oppose directement aux moeurs antiques, qui faisaient des barbes blanches les puissants de la cité.

Les systèmes politiques traditionnels sont assez autoritaires et reposent donc sur la figure paternelle, faite de maturité, de sérieux et de flegme.

Malik Chouguiat, historien spécialiste de la Mésopotamie et du berceau de la civilisation, dresse le portrait évolutif des hommes forts de l’Histoire : « Il est difficile de s’interroger véritablement sur l’évolution de l’âge des représentants politiques au fil des périodes. En revanche, on peut établir quelques constantes : la première concerne le parallèle entre un âge avancé et l’autorité. Les systèmes politiques traditionnels sont assez autoritaires et reposent donc sur la figure paternelle, faite de maturité, de sérieux et de flegme. Deuxième constante : les souverains sont souvent…jeunes ! On meurt jeune dans le passé, a fortiori lorsque le premier devoir est de défendre son royaume. En conséquence, les souverains de l’antiquité et du Moyen-Âge sont souvent jeunes, voire très jeunes. Louis XIV dirige son 1er conseil des ministres à 5 ans, Philippe Auguste est « mal peigné » le jour de son sacre. Difficile de mesurer la portée d’un tel fait historique, mais gageons que l’Histoire n’aurait pas été la même avec des souverains ayant la moyenne d’âge des députés français, pour le meilleur ou pour le pire. »

La maturité comme gage de confiance

Si certains chefs d’État ont brillé par leur jeune âge et leur sérieux, comme Auguste alors âgé de 40 ans à sa prise de fonction ou bien encore « Saint-Louis » aka Louis IX monté sur le trône à 12 ans, le peuple accorde et accordait d’autant plus facilement sa confiance aux hommes « sages » dont la maturité transcendait à même le visage. Lorsqu’un jeune monarque échouait, les historiens de l’époque pointaient souvent du doigt des erreurs jugées puériles, ce qu’ils ne faisaient pas pour les autres. « Les défauts du jeune souverain relèvent souvent effectivement de la jeunesse : insouciance, force mal contrôlée, orgueil démesuré ; et on trouve de nombreux personnages dont la tradition a rapporté le destin tragique, puni pour leur démesure : Alcibiade obligé de fuir Athènes pour avoir outragé les dieux, et Néron qui se prend pour Apollon. »

Ainsi les jeunes politiques inspiraient bien moins la sécurité et la sérénité que leurs ainés. Jusqu’à la fin du siècle dernier, ce parallélisme entre âge avancé et bienveillance était encore valable et a permis à de nombreuses chevelures grisonnantes de s’élever aux plus hautes fonctions : Clemenceau, Pétain, René Coty… « Les politiques contemporains reprennent souvent ces poncifs, comme si ils les avaient intégrés : par exemple, Pétain se présente en bouclier de la France. Toutefois, notre époque, faite de relativisme, a également intégré que tout cela n’est que posture et jeux de pouvoir : si Giscard reproche à Mitterand d’être un homme du passé en 1974, celui-ci lui reprochera d’être un homme du passif 7 ans après…tout en mettant en place une politique socialiste des plus orthodoxes. Quant à Emmanuel Macron, soyons certains que celui qui a aidé Paul Ricoeur pour son dernier ouvrage sur la mémoire et l’oubli, n’aura pas perdu une miette des leçons du passé au service d’une communication très maîtrisée, justement. »

Emmanuel Macron et la jeunesse au pouvoir

Bien qu’entouré de ténors, l’énarque illustre désormais le renouveau de la politique française avec pour alter ego historiques Alexandre Le Grand, Néron et Auguste. Contrairement à ses prédécesseurs, Emmanuel Macron brille de son jeune âge et d’un court passage au gouvernement. À l’instar de ses quelque 350 députés, le président de la République s’est distingué de ses adversaires grâce à un casier vierge. Durant les législatives, les électeurs lui ont concédé la majorité à l’Assemblée nationale en votant pour des députés en apparence inexpérimentés et dont la moyenne d’âge avoisine les 45 ans. La victoire de l’ancien ministre de l’Économie est donc la preuve vivante que la tendance s’est inversée : la jeunesse est synonyme de confiance tandis que la maturité est synonyme de casseroles…

Joanna Valdant