La désillusion du Parti socialiste

« La plus grande chute est celle que l’on fait du haut de l’innocence », a déclaré Heiner Müller, un dramaturge et poète allemand. Une citation qui pourrait s’apparenter au Parti socialiste, si ce n’est plus particulièrement à Benoît Hamon. Le candidat à la présidentielle 2017 est au cœur d’une douce descente aux enfers. Une désillusion que connaît le célèbre Parti de gauche depuis plusieurs années déjà.

Avril 2002, l’élimination sèche de Lionel Jospin au premier tour de l’élection présidentielle. Avril 2007, Ségolène Royal à son tour trébuche sur le podium présidentiel. Novembre 2008, second tour du scrutin de l’élection de Première secrétaire, cette dernière conteste l’élection de Martine Aubry et dénonce une fraude. Mai 2011, Dominique Strauss-Kahn est arrêté pour « agression sexuelle, séquestration de personne et tentative de viol » par le parquet de New-York.

Au printemps dernier, François Hollande s’approche de la fin de son quinquennat, et enregistre un record d’impopularité impressionnant, avec 4 %. Selon Julie Marchand, une étudiante à Sciences Politiques et membre du Mouvement Jeune Socialiste, « Le rejet des Français pour la gauche actuelle est d’autant plus important suite au quinquennat de Hollande. Il y a un réel dégoût de la part des électeurs qui associent François Hollande à la gauche de Benoît Hamon, alors qu’en réalité, il soutenait Emmanuel Macron depuis le début. » S’en suit alors une course à la présidentielle effrénée, qui aura raison du Parti socialiste. Le 23 avril dernier, les résultats tombent, avec 6,35 % pour Benoît Hamon. Le 11 juin, les socialistes et leurs alliés ne recueillent que 9,51 % des votes exprimés au terme du premier tour. Le parti historique de la gauche, à lui seul, n’obtient que 7,44 % des suffrages. Le revers est d’autant plus cuisant que ce résultat est le pire score jamais obtenu par le PS lors d’un premier tour des législatives sous la Ve République. « La gauche s’essouffle de plus en plus. Elle garde cette image de vieux parti qui peine à se renouveler », explique Emilie, également militante PS. Quelques jours plus tard, Jean-Christophe Cambadélis évoque « un recul sans précédent de la gauche dans son ensemble et notamment du PS ». Lui-même éliminé dès le premier tour à Paris, finira par démissionner de son rôle de premier secrétaire du Parti socialiste. Emilie, la jeune étudiante en arts, poursuit « Cette ‘vieille’ image est véhiculée par des personnalités comme Jean-Christophe Cambadélis ou Martine Aubry. ».

Pourtant, les grandes têtes du Parti socialiste ne faiblissent pas. Quelques jours après le tremblement des législatives, une trentaine de secrétaires de fédérations PS se sont empressés de signer une tribune dans le quotidien Libération appelant à une refondation du Parti de gauche. « Nous le disons ici clairement : nous ne nous laisserons pas voler cette refondation. Car il s’agit de notre refondation. La refondation par les militants de ce que doit redevenir la famille socialiste », déclarent-ils.

Les proches d’Arnaud Montebourg ont lancé, le 23 juin, un site Internet intitulé inventonslagauchenouvelle.fr, dans le but de faire peser les idées de l’ancien candidat à la primaire socialiste dans la reconstruction du PS. Les 700 signataires déclaraient ainsi : « Il y a urgence à inventer la gauche nouvelle, en tournant résolument le dos à ce qui l’a conduite dans l’ornière : la dérive libérale, la démagogie, l’outrance, les guerres picrocholines entre égos ou bien son incapacité à proposer une nouvelle vision du monde », dont le sénateur Jérôme Durain, l’ex-député Yann Galut et l’ancien porte-parole d’Arnaud Montebourg pendant sa campagne pour les primaires socialistes, François Kalfon.

D’autres personnalités de gauche ont opté pour un virement plus écologiste, mené par Najat Vallaud-Belkacem et Matthias Fekl. Dans une tribune publiée dans Libération le 21 mai, l’ancienne ministre de l’Éducation et l’ancien ministre de l’Intérieur appellent à « défendre désormais une social-écologie réformiste qui transforme la société en profondeur et réponde aux nouveaux défis du XXIe siècle ». Leur pétition, lancée sur change.org, a recueilli près de 2 000 signatures. « Ils cherchent à rassembler les gens de gauche autour de l’urgence démocratique, l’Europe, l’écologie, le travail, le retour de la puissance publique… Ils choisissent avant tout la social-écologie réformiste afin de se confronter aux défis du XXIe siècle. » explique Clément, également membre du Mouvement Jeune Socialiste.

Parallèlement, Anne Hidalgo, Martine Aubry et Christiane Taubira ont lancé leur « grand mouvement d’innovation pour une démocratie européenne, écologique et sociale », baptisé « Dès demain ». Malgré plusieurs ombres, le rôle de ce nouveau mouvement « sera d’identifier les solutions et les réussites locales, et de travailler à leur mise en œuvre à toutes les échelles de territoires : locale, nationale et européenne ». Près de 160 personnes ont répondu à l’appel, dont l’ex-ministre Marylise Lebranchu et le député Luc Carnouvas. « Après son échec, la gauche doit se réinventer. Mais tous devraient se réinventer ensemble, et pas séparément. Je pense que beaucoup aspirent à créer leur propre ‘En Marche’ mais je ne pense pas que l’effet sera le même. À la base, Taubira, Hamon et Hidalgo étaient tous d’accord, tous des frondeurs. » déclare Julie, la jeune Sciencepiste.

De son côté, Benoît Hamon ne faiblit pas non plus. Malgré son revers présidentiel et sa défaite aux législatives dans les Yvelines, le chef de file du PS lancera le 1er juillet prochain un « mouvement transpartisan », dans la continuité de son projet présidentiel. « C’est une bonne chose qu’Hamon sorte de l’étiquette PS, comme on l’a vu avec Macron. L’idée du transpartisanisme est bonne, car les Français recherchent cela, après j’espère qu’il ne va pas revenir en arrière sur ses idées. La gauche se doit de continuer à exister, ce n’est pas une option qu’elle disparaisse. Contrairement à Mélenchon, lui n’est pas antipathique. Il a toutes ses chances pour plus tard, si ce n’est pour 2022, au moins pour réinventer la gauche. » conclut Julie.

Antoine Deiana