Le statut du vote blanc dérange

Lors du dépouillement, le vote blanc n’est pas comptabilisé comme un suffrage exprimé. Pourtant, 86% des Français se disent favorables à sa reconnaissance. Face à ce statut qui dérange, de plus en plus de citoyens s’engagent. 

 

Pour faire du vote blanc une option, des citoyens ont pensé à une alternative un peu originale. Ils  ont créé en 2010, une association appelée « Les Citoyens du vote blanc » . En 2015, l’association devient un parti. Son but : faire comptabiliser le vote blanc comme un suffrage exprimé dans les résultats d’élections. 

Le parti a donc proposé un candidat à la présidentielle. Stéphane Guyot, fleuriste, comptait offrir la possibilité aux électeurs de refuser activement de voter pour les autres candidats. Son but en cas de victoire : permettre la reconnaissance du pouvoir invalidant du vote blanc en cas de majorité. Son élection aurait engagé une refonte démocratique : il aurait proposé aux citoyens un référendum portant sur les fondations de nos institutions. Une nouvelle présidentielle aurait également été organisée, après révision des programmes sur le sujet, par les autres candidats. Si le mouvement a reçu une centaine de promesses de parrainages, il n’en a obtenu que neuf. Stéphane Guyot ne fait donc plus partie des candidats en lisse. Mais le combat ne s’arrête pas là. Prochain objectif : les législatives de juin 2017. 

Le Parti n’incite pas à voter blanc. Il souhaite permettre aux citoyens de faire entendre leur voix au même titre qu’un vote pour un candidat. Car si la situation dérange autant, c’est que les Français hésitent à voter blanc, par peur que cela soit inutile. Pourtant, le vote blanc est un moyen de montrer sa désillusion, sa contestation tout en évitant l’abstention. Et c’est bien pour cette raison que Julia Szymczyk, photographe de 22 ans, cherche à lui donner du poids : « Ça prouve quand même que les personnes se sont déplacées. » 

 

Pourquoi voter blanc?

 

Voter blanc, c’est donc montrer son insatisfaction de l’offre électorale mais un intérêt pour la politique. Alice Thierry, libraire de 23 ans, considère que voter est un droit mais aussi un devoir. Et dans ce cas, le vote blanc non pris en compte, c’est un véritable problème pour elle : « Le vote blanc non reconnu est une aberration. On doit admettre les choses lorsque le peuple ne se reconnait en aucun candidat. » 

Aujourd’hui, voter blanc n’a pas beaucoup de poids dans les élections. S’il était reconnu comme suffrage exprimé, il pourrait permettre une remise en cause de l’obtention d’une majorité absolue pour le vainqueur d’une élection. Au premier tour de la présidentielle, 40% des Français aimeraient voter blanc selon un sondage Ifop pour Synopia. Si le sondage se réalise, cela va marquer l’opinion mais n’aura aucune incidence sur la suite de l’élection.

Le combat pour la reconnaissance du vote blanc est donc encore long. Sur les 11 candidats à l’élection présidentielle, seuls Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon, Nicolas Dupont-Aignan et François Asselineau l’ont inscrit, à l’époque, à leur programme.

 

Co-écrit avec Clarisse Dutillie

 

Clarisse Dutillie