Législatives : la vengeance des partis traditionnels ?

L’élection présidentielle tout juste terminée, le nouveau combat d’Emmanuel Macron est de taille : faire un score honorable aux législatives malgré les partis traditionnels qui semblent barrer sa route. Les jeunes des extrêmes, de droite ou de gauche et abstentionnistes, comment se positionnent-ils? Rencontre.

“Les votants d’En Marche! ont voulu mettre des bâtons dans les roues de l’extrême droite, je compte bien leur rendre la pareille”

A 24 ans, Mathieu est un fervent sympathisant du Front national. En 2012, il a voté pour la première fois dans le Var, accordant sa voix à Marine Le Pen, puis à Nicolas Sarkozy au second tour. Cette année il a pu glisser le nom de sa candidate dans l’urne pas une, mais deux fois. À l’annonce des résultats, il n’a pas caché sa déception et aujourd’hui, il se montre pessimiste face aux élections législatives et tient un discours toujours aussi décomplexé.

Ces élections présidentielles étaient pour moi l’unique chance de la France de s’en sortir. Après le débat, Marine Le Pen a perdu sa crédibilité même au sein de ses électeurs, bien que cela n’a pas changé ma vision : pour remettre la France en ordre, nous sommes obligés de passer par les extrêmes. Là, pour les législatives, je voterai pour le candidat FN évidemment, bien que j’ai peu d’espoir de les voir les remporter et placer des pions à l’Assemblée. La France est aveuglée par une idée du bien et du mal et c’est cela qui la freine. Les votants d’En Marche! ont voulu mettre des bâtons dans les roues de l’extrême droite, je compte bien leur rendre la pareille. Emmanuel Macron passera cinq ans au pouvoir, sans en disposer, et en 2022 le front aura de nouveau sa chance, plus grande que jamais je pense.

“Je ne trouverai pas cela sain pour la France de l’empêcher d’avancer, même à petits pas”

Joséphine passe son baccalauréat dans quelques semaines. Cette année, elle a reçue sa première carte électorale et a pu défendre ses idées, notamment sur la question de l’avortement qui lui tient particulièrement à coeur. Au premier tour des présidentielles, elle a voté pour François Fillon et refuse qu’on lui reproche d’avoir été influencée par ses parents. “Ils sont En Marche!“, confie-t-elle. Au deuxième tour, sa voix s’est également portée vers le candidat ni de gauche, ni de droite, pour faire barrage au FN et aujourd’hui, à un mois des législatives elle sait qui soutenir.

J’ai entendu dire que la droite allait créer un centre fort pour palier à EM! lors des prochaines législatives. Ce n’est pas ce que je veux faire, je vais donc apporter ma voix au parti du nouveau Président car je ne veux pas que la situation du pays reste bloquée par des enfantillages et des personnes assoiffées de pouvoir. Bien que je ne partage pas ses idées sur l’avenir de l’Europe ni son libéralisme plus ou moins assumé, je ne le vois pas comme un antéchrist et je ne trouverai pas cela sain pour la France de l’empêcher d’avancer, même à petits pas.

“Les paroles que j’entends de la bouche de nombreux insoumis me font presque aussi peur que celle de Marine”

A voté!”, ce son de cloche Pierre-Yvan l’a entendu pour la neuvième fois lors du deuxième tour des élections de mai. Soutien de Benoît Hamon dont il parle avec le plus grand des respects et énormément de tendresse, il a au deuxième tour choisi, sans aucune hésitation, de faire barrage au fascisme en votant Emmanuel Macron. Il a même appris à apprécier et à le comprendre sur la dernière ligne droite de la présidentielle. À l’approche des législatives et à l’annonce de la volonté du PS de fusionner avec les insoumis, ce jeune professeur de français hésite encore. Pourquoi?

Les idées de la gauche de Benoît Hamon sont bonnes. Beaucoup les considèrent comme idéalistes, enfantines, irréalisables, mais moi je crois au rêve et j’estime que c’est cela qui nous tient en vie. L’espoir d’une France meilleure, où l’on peut se permettre d’imaginer un monde de bisounours au moins juste deux secondes sans qu’on nous ramène à une réalité sombre et lugubre. J’ai toujours voté à gauche, jamais à l’extrême. La candidature d’En Marche! aux législatives me complique la tache parce que je n’ai pas envie d’être infidèle à un parti auquel je crois encore, mais je ne souhaite pas non plus être l’un de ces votants qui n’a qu’une envie de vengeance. Je n’ai pas de haine envers Macron le banquier, je n’ai pas de haine envers ses idées. Je suis simplement plus à gauche. Sans pourtant être dans l’extrême. Les paroles que j’entends de la bouche de nombreux insoumis qui m’entourent me font presque aussi peur que celle de Marine, alors je ne suis pas certain de voir cette alliance d’un bon oeil. Je retournerai peut-être ma veste qui sait, pour que la machine du pays se mette en marche ! (rires).

“En Marche! La poudre de Perlimpinpin pour nous, c’est bien eux”

Marion & Hakim se sont rencontrés en avril 2016. Ce qui les a rapproché ? Leurs convictions politiques affirmées et leur volonté pour la France de se soulever en masse contre la finance et les fléaux qui gangrènent la vie politique. Un an plus tard, c’est ensemble qu’ils ont soutenu Jean-Luc Mélanchon et sont devenus des Insoumis. Lors des résultats du premier tour de l’élection, ils ont ressentis de la colère et de la frustration. Le deuxième tour s’est joué sans leurs voix. “Si seulement Benoît Hamon avait choisi l’alliance plus tôt”, pensent-ils, “on y serait”. Et maintenant ?

Marion : “Maintenant, on vote. Encore et toujours. On ne se soumettra pas à l’élite une nouvelle fois. À une élite qui pense toujours argent, qui n’a aucune base solide, qui ne case pas une seule fois l’écologie et l’avenir de nos enfants au coeur de son programme. L’élite qui se satisfait de gagner par défaut. La France insoumise doit avoir sa voix en France et faire partie des décisionnaires. Comme l’a dit Mélenchon dimanche, ‘une nouvelle majorité parlementaire est possible autour de nous’, alors c’est tout tracé.

Hakim : “Si Benoît Hamon ne s’était pas présenté aux présidentielles, en cumulant les voix, la France insoumise serait présente au seconde tour, je n’ai aucun doute la dessus. Aujourd’hui, il se rattrape d’une certaine façon et j’espère qu’il ne sera pas trop tard. Pour les Insoumis qui ont voté blanc c’est tout simplement impensable de laisser les rênes du pays à En Marche! La poudre de Perlimpinpin pour nous, c’est bien eux.

“Lorsque j’ai voté Macron pour empêcher Le Pen de poser un pied à l’Elysée, j’ai été fier”

Le 23 avril dernier, Julie, 26 ans, est restée devant House of Cards chez elle. “Puisque le vote blanc n’a pas de poids, autant rester chez moi” s’est-elle dit, “l’impact sera le même”. Déçue de tous les partis, de chacun des candidats et d’une course à la présidentielle qu’elle décrit comme “minable”, elle s’est finalement levée lors des résultats annonçant que le Front national passait pour la deuxième fois, avec un score historique. Pour contrer le FN, c’est le bulletin portant le nom d’Emmanuel Macron qu’elle a renfermé dans l’enveloppe. Pour les élections de juin, elle compte recommencer.

Je n’ai pas voté au premier tour, parce que pour moi, cela ne changerait rien. La gauche, la droite, ça ne veut plus rien dire. Les extrêmes ? Pour moi c’est impensable. Et En Marche! ? Je ne sais pas, j’ai peur de l’inconnu je suppose. Mais lorsque j’ai voté Macron pour empêcher Le Pen de poser un pied à l’Elysée, j’ai été fier. Je me suis dis ‘tiens, dans ses dents !’ et cela ne m’a pas non plus tué de voter pour lui. Maintenant que ce choix a été fait, que EM! a été élu de manière, malgré tout, démocratique je vais soutenir son mouvement lors des législatives. Cela me semble simplement être du sens commun, sans mauvais jeux de mots. À quoi ça sert de le bloquer maintenant qu’il est élu? À rester dans la même galère pendant les cinq prochaines années et nourrir ainsi la haine de nouveau? Sans moi.

“Il faut que le pays autorise le président à présider maintenant”

Talel est En Marche! depuis plusieurs mois. Pas engagé au point d’aller aux meetings ni de changer sa photo de couverture sur Facebook, mais supporter de son “Manu” quand même. Pour la première fois et du haut de ses 27 ans il se sent compris. “Enfin quelqu’un crie haut et fort que les partis conventionnels c’est du passé, qu’ils ne nous correspondent plus et que l’on peut très bien avoir des idées à gauche et à droite.” Pour celui qui ne conçoit pas que l’on déteste tant le fait de piocher les meilleures idées çà et là, les législatives sonnent comme une évidence.

Le mouvement En Marche! incarne à peu près tout ce que je suis : jeune, dynamique, européen et empreint d’espoir. J’ai voté, pour la première fois, avec le sentiment d’accomplir quelque chose. De pouvoir enfin faire bouger la France, la faire avancer, évoluer et j’espère, profondément que les français sauront passer au-dessus de leurs idées préconçues de parties politiques. Il faut que le pays autorise le président à présider maintenant, sinon tout cela aura servi à quoi? 

Rendez-vous en juin pour connaître leurs réactions d’après élection.

 

Sofia Dsp