Ma vie de Community manager à la présidentielle

Facebook, Instagram, Twitter, les réseaux sociaux sont des outils essentiels dans une campagne présidentielle. Rencontre avec ceux qui se cachent derrière les comptes de soutien à Emmanuel Macron, Benoît Hamon et François Fillon à Paris. 

 

Engagé à l’UMP depuis 13 ans, Louis Baptiste, 32 ans, est Conseiller National des Républicains. Il nous parle aujourd’hui de sa mission de co-animateur d’un compte de soutien à François Fillon dans le 15ème arrondissement. Un rôle sans mandat qu’il assume depuis la primaire de la droite et du centre. « J’anime les comptes de soutien, Facebook et Twitter depuis plus d’un an. Ce qui implique de nombreuses connexions par jour, mais pas au point d’avoir les yeux rivés sur mon smartphone », explique ce parisien qui milite de façon bénévole, en plus d’exercer une activité professionnelle, en dehors de la politique.

Jeune actif, il reconnaît qu’il ne peut pas être engagé 24/24 h. Il se connecte en général sur les réseaux  « Dès le réveil, tôt le matin avant d’aller travailler et tard le soir, au coucher », car il « essaie d’être réactif si nécessaire, surtout s’il y a une activité brûlante » Les autres missions telles que le suivi de meetings, la création de contenus et la gestion de live-tweet, sont confiées au QG du candidat. Lui, doit surtout coordonner le groupe de soutien sur la toile, notamment au carrefour des communications entre le QG et les militants.

 

« De la cohérence, trouver les bons mots clés, les bons #, et bien relayer les points »

« Je porte la parole d’un groupe de soutien et celle du candidat. Cela demande de la cohérence, de trouver les bons mots clés, les bons #, de bien relayer les points sur lesquels l’équipe de campagne souhaite communiquer » Seul moyen d’être efficace, interpeller les internautes avec des publications concises ou des vidéos fournies par le QG, ou encore par l’application ‘Fillon2017’. Actualités, réunions du candidat, messages, tout est relayé sous forme de clips vidéo. Ce sont des formats courts qui « récapitulent un déplacement, une intervention de Fillon et ses propositions ».

Pendant ce temps, les messages de la communauté affluent. Faux-comptes, attaques injurieuses, il a appris à économiser son temps et ne pas répondre aux comptes anonymes qui détournent son attention. Il cherche plutôt l’interaction et les débats. « On a pas mal caricaturé le projet de Fillon en disant que c’était du sang et des larmes alors c’est important de faire de la pédagogie et de donner une image positive de ce qu’il propose. » Il doit modérer ses réponses, préférant le dialogue à l’agressivité. « Même si certains dans notre famille politique expriment des voix différentes, je n’engage pas de polémique. Ma ligne de conduite est de conserver courtoisie et dignité. De ne pas juger mais de convaincre ! ». Autre aspect essentiel : la vérification des informations, le « fact-checking ». Surtout en « rétablissant la vérité quant au bilan de la gauche ou à l’impasse dans laquelle nous conduirait le projet du Front national ».

 

« Si les tweets ont un esprit de fan club, ça ne marche pas »

 

Le week-end, Louis prend aussi son paquet de tracts à la main, au côté du député Jean-François Lamour. « La campagne médiatique et digitale ne remplace par le travail de terrain et les échanges directs ! », insiste-t-il en parlant de son implication sur le marché, pied d’immeuble et bouches de métro: « On peut passer 20 minutes à discuter avec une personne et vraiment la convaincre. Les gens ont besoin d’échanger et de sentir notre sincérité ».

 

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Au fil des années, Louis a créé un lien de confiance avec les élus du 15ème. Aujourd’hui, il va à la rencontre des habitants de l’arrondissement.

 

Un sentiment pas toujours visible depuis son ordinateur car les plateformes ont des contraintes. « On y est limité par le nombre de caractères et si les tweets ont un esprit de “fan club”, cela ne marche pas. Il faut prendre son temps, argumenter, mais surtout écouter les gens » Le contact, c’est ce qu’il aime dans la politique et c’est le sens de son engagement.

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Sur le marché de Sèvres-Lecourbe, à Paris, il faut donner des affiches mais surtout convaincre.

 

Si la mission de tractage est capitale, certains préfèrent relayer des images. Cloé Rigaud, 26 ans, community manager qui s’est engagée bénévolement il y a un mois pour « En Marche », va désormais « à la pêche aux like » sur Instagram.

 

« J’ai une vie perso, une vie pro et une vie Macron »

Après le travail, place à de longues soirées sur la toile, avoisinant un 19 – 23 heures. Un rôle qu’elle assume avec enthousiasme deux fois par semaine. « J’ai une vie perso, une vie pro et une vie Macron », s’amuse-t-elle. « Dans ces moments là, je m’occupe des partages de photos d’évènements. J’étais récemment à la conférence de “Elles marchent”, par exemple »

     Cloé,26 ans, se connecte en permanence sur Instagram

 

Son objectif pour convaincre l’électorat à rejoindre Emmanuel Macron : « donner une vision esthétique du mouvement » et « montrer les visages de ceux qui participent au mouvement ». Eh oui, Cloé a le goût du challenge : « C’est un réseau dédié à la mode ou aux voyages, on ne s’attend pas à du contenu politique ».

Pour communiquer avec son réseau et les adhérents, elle utilise Telegram. Une application sur laquelle elle partage des informations capitales prêtes à être relayées sur différents comptes. Actualités, meetings et autres rendez-vous… Là encore, sa mobilisation consiste à convaincre « les indécis ». Toutefois, une contrainte s’applique : « Je dois me tenir à la charte graphique ».

Pour autant, si Cloé travaille avec ferveur pour Emmanuel Macron, elle n’a pas eu de vrais moments d’échange avec lui « On ne s’est pas vraiment parlés en face à face, seulement à de grandes réunions. Enfin, pas encore ! Je ne m’attendais pas à prendre l’apéro avec lui de toutes façons ! » Et puis, « c’est surtout mon sentiment d’appartenance qui est important. » De toute façon, elle « le trouvais déjà intéressant à l’époque où il travaillait avec François Hollande ! ». Visiblement, Emmanuel Macron ne connait pas encore TOUS ses soutiens et tous les membres de son équipe…

Un peu plus loin, dans le 4ème arrondissement, Boris Jamet Fournier, 31 ans, Secrétaire national du Parti socialiste coordonne les réseaux numériques de Benoît Hamon via le compte Twitter ‘Paris avec Hamon’. Un réseau qui, depuis la primaire compte avoisine à lui seul près de 947 abonnés. Militant bénévole depuis 7 ans et salarié dans un cabinet ministériel depuis 3 ans, il tente au possible de s’impliquer dans ce projet, tout comme dans son activité indépendante. Quitte à sortir un peu plus tôt de chez lui pour tracter. « A 7 h 58 précises ce matin, je sortais tracter. En Baskets et sac à dos ! C’était en prévision du meeting de dimanche à Bercy et du débat de lundi ».

 

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Le kit du parfait militant armé de baskets confortables et de scotch.

 

Plus tard au bureau, il reste en alerte sur les plateformes, impatient d’être « à dans 15 jours ! ». Après avoir relayé les informations capitales de son leader politique et celles qui proviennent de son QG, place à l’observation des phrases en vogue pour cibler un maximum de monde. Un avantage, puisqu’il est possible de « visionner des tweets sans posséder de compte » mais qui présente aussi ses limites : « ll faut re-contextualiser pour ceux qui n’ont pas lu les dernières nouveautés ».

 

« ll y a aussi les émoji, les visuels humoristiques et les comptes à rebours, ou le prétexte de la fête des grands mères…».

 

Pour attirer l’œil, place aux contenus décalés dans l’agenda de publications. « Les réseaux nous permettent des tonalités décalés, à la différence de la façon dont le candidat parle en meeting. Il y a #jevotepour, très repris mais il y a aussi les émoji, les visuels humoristiques et les comptes à rebours, ou le prétexte de la fête des grands mères… » De son côté, Benoît Hamon travaille déjà sur son e-réputation avec son équipe spécifique sur  Snapshat et Linkedin. « Il parle de travail donc c’est intéressant de voir qu’il se sert de cet outil pro ».

 Lorsqu’il n’est pas dans le « carré numérique » en meeting, ou en train de retweeter les autres sections locales, le jeune homme fait les comités de campagne. « Des rassemblements réunissant les pôles numériques, formation, société civile etc. Récemment on y a parlé écologie et Revenu universel ».

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Boris prêt à tweeter à la moindre occasion

 

En tant que secrétaire de section, Boris rassemble aussi « physiquement » les sympathisants et les porteurs d’initiatives. « Je réponds aussi à ces personnes. Je veux monter une réunion, un café débat, comment je fais ? Qui j’interpelle, qui je fais venir ? » Heureusement, Boris peut compter sur son binôme, Léa, ex-communicante d’Arnaud Montebourg, pour se départager quelques tâches. Et il n’est pas prêt de lâcher son candidat. « Il a une volonté de sortir du nucléaire,d’aborder la question du 49.3 et fait aussi preuve de transparence sur son patrimoine et ses donateurs, ce qui n’est pas le cas pour Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Et puis, il est très impliqué. Il a même fait un live Facebook en outre mer à 1 h du matin ! » Un dernier point qui l’incite à voter : la vision qu’a Benoit Hamon de la réalité. « Je prends l’exemple des kebabs. Beaucoup de français mangent des kebabs. Vous imaginez d’autres candidats en manger ? Marine Le Pen ? Non, parce qu’ils sont déconnectés du réel. Benoît Hamon est proche du peuple ! ».  

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Valentine Puaux