Marlène Schiappa : féministe mais pas trop

Le 17 mai, le gouvernement d’Edouard Philippe a été dévoilé et la parité parfaitement respectée au premier abord. Membre de la société civile, jeune, maman et surtout auto proclamée féministe, Marlène Schiappa a pris la fonction de Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Une nomination en demi teinte qui a provoqué une vague de réactions au sein des collectifs et des citoyens féministes.

En décembre 2016, Emmanuel Macron fait sensation au Women’s Forum for the Economy and Society de Deauville. Il l’annonce, « Yes, I am a feminist ». S’en suit une campagne électorale où la place de la femme au sein de la société et en politique est au centre des attentions. Celui qui deviendra le futur président de la République promet une parité parfaite au gouvernement, émet le souhait d’avoir une femme nommée Premier ministre et plusieurs à la tête de postes régaliens. Il promet également de créer un ministère dédié aux Droits des Femmes.
En mai, lorsque la liste des ministres et ministères a été dévoilée, le verdict tombe. Le ministère des Droits des Femmes s’efface et cède sa place à une Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes.

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C’est ainsi qu’à 34 ans Marlène Schiappa intègre le gouvernement. L’annonce du congé de maternité unique a été prise de manière positive, notamment par Osez le féminisme. La mesure n’est pas un bond en avant, mais c’est un premier pas. Pourtant, si l’on devait mettre des mots sur les débuts de Marlène Schiappa en politique, ceux qui viennent à l’esprit de Emma, militante féministe depuis quatre ans sont « bêtise » et « maladresse ». « Tout n’est pas à jeter, mais il faut rester vigilants», confie-t-elle. Mais alors qu’est-ce qui rend la Secrétaire d’Etat aussi clivante?

De maladresse en maladresse

Pour Estelle Skobel, psychologue du travail et des organisations et féministe, Marlène Schiappa est en apparence, la personne idéale pour représenter les femmes en France : « Elle est jeune et donc potentiellement en phase avec les féministes de 2017, à l’image de Paye ta Shnek, Eloise Bouton et autres. Elle est mère, travailleuse, a oeuvré pour la laïcité… Mais elle est aussi l’auteure d’un livre à la fois sexiste et grossophobe ». L’oeuvre en question, Osez l’amour des rondes, conseille notamment aux femmes « rondes » de ne pas prendre de dessert si personne d’autre n’en prend à table, de danser mais seulement si en ayant pris des cours et une longue liste encore de propos plus clichés les uns que les autres sur les grosses et la sexualité. En 2011 déjà, Daria Marx, fondatrice du collectif Gras Politique s’était indignée de l’ouvrage dans un billet d’humeur on ne peut plus pinçant.

Capture écran twitter

« Son livre, Pas plus de 4 heures de sommeil, qui se veut comme un guide pratique pour les working-mom ne participe pas non plus à redorer son image. Ca a mis beaucoup de féministes en colère de voir que l’on mettait à la tête d’un tel secrétariat un personnage presque facile et caricatural », conclu Estelle Skobel. Plus récemment, c’est un coup de communication raté qui a mis la Secrétaire d’état dans l’embarras. Un tweet, la mettant en scène dans le quartier de La Chapelle-Pajol, montrant que les femmes ne doivent pas avoir peur dans les rues qui leur appartiennent tout autant qu’aux hommes. Une maladresse, compte tenu du contexte dans lequel s’est inscrit ce tweet. En effet, peu de temps auparavant, ce quartier avait été la cible d’une polémique sur le harcèlement de rue assimilé à une certaine tranche de la population. Adrien Marroix (son nom de famille a été modifié), militant féministe et adhérent au mouvement LREM a avoué être particulièrement déçu par la nomination de Marlène Schiappa. S’il affirme qu’elle fera de bonnes choses, il les estime néanmoins insuffisantes : « j’ai peur que cette femme porte préjudice aux féministes et discrédite la République En Marche. Les mesures doivent être pensées en profondeur et on ne peut pas se contenter d’amendements superficiels. Si on fait les choses, allons jusqu’au bout. Le congé maternité universel, très bien, mais parlons également du congé paternité qui permettrait ainsi aux femmes de ne plus être discriminées à l’embauche parce qu’elles doivent s’occuper de bébé… » exprime-t-il.

Un quinquennat pour faire ses preuves

Marlène Schiappa a maintenant cinq ans devant elle pour faire ses preuves et répondre aux attentes nombreuses des féministes mais pas que. Comme le souligne Estelle Skobel, les attentes sont immenses : « La réaction de la Secrétaire d’état quant à l’avis positif du conseil d’éthique sur la PMA est une bonne chose. C’est un pas plus grand qu’il n’y paraît pour les femmes lesbiennes ou célibataires souhaitant avoir un enfant. Mais maintenant, que va-t-elle faire contre les écarts de salaire à compétences égales? Que va-t-elle faire contre la recrudescence des anti-IVG? Que va-t-elle faire contre le pouvoir d’achat miné des femmes par cette taxe rose absolument inévitable au quotidien? Que va-t-elle faire pour qu’on ne puisse plus dire qu’au mois de juin, il y a déjà eu une soixantaine de féminicides depuis le début d’année? Que va-t-elle faire contre une police capable de demander à une femme violée ce qu’elle portait au moment des faits, comme si avant une certaine longueur la taille d’une jupe justifiait qu’on lui prenne sa dignité et qu’on la traumatise pour le reste de sa vie? »

Sofia Dsp