Passe d’armes entre la justice et les défenseurs d’un journaliste somalien menacé d’expulsion

À Brest, Mohamed Bashir Haji, un journaliste somalien de 51 ans réfugié est menacé d’expulsion par la préfecture du Finistère. Ses défenseurs demandent un « geste d’humanité » à la justice qui ne souhaite « pas se prononcer avant le recours ».

Mardi 20 juin, l’avion qui devait emmener Mohamed Bashir Haji vers le Danemark depuis Brest s’est finalement envolé sans lui. Un répit pour le journaliste. Arrivé en France à la fin de l’année 2016, le Somalien avait fui son pays en 2014, après avoir failli trouver la mort dans l’explosion d’une bombe lors d’un reportage. Il est arrivé au Danemark quelques semaines plus tard, où il a été débouté de sa demande d’asile à double reprise. Les autorités danoises l’ont menacé de renvoi en Somalie. Réfugié en France fin 2016, il vient d’être menacé d’expulsion en vertu des accords de Dublin par la préfecture du Finistère.

« Mohamed Bashir est dans un état de très grande fatigue psychologique »

Contacté par Periph’ News, Olivier Cuzon est président de la Ligue des droits de l’homme du Finistère. Il se bat, avec un avocat et d’autres soutiens, pour que Mohamed Bashir puisse rester en France. Après l’imbroglio de l’aéroport mardi matin, il n’a eu que « très peu de nouvelles » du journaliste qui serait dans « un état de très grande fatigue psychologique ». « Il comprend ce qu’il se passe mais il est déboussolé. Il ne veut absolument pas repartir » nous confie-t-il. « Nous demandons un geste d’humanité à la justice » nous dit Olivier Cuzon qui est revenu sur la problématique des accords de Dublin : « Comme le Danemark l’a fait auparavant, la France peut aussi refuser à Mohamed de demander l’asile selon la procédure dite Dublin III », nous explique-t-il. Cette procédure européenne établit que le pays responsable de la demande d’asile est celui dans lequel la personne est entrée en Europe, et où elle a été contrôlée. « Elle précise aussi que la France peut accepter de recevoir la demande d’asile pour des raisons humanitaires, même si la personne est passée ailleurs en Europe ». Une possibilité que n’a pas choisi d’utiliser la préfecture du Finistère qui a informé jeudi 15 juin le journaliste somalien de son expulsion imminente.

« On s’est dit que c’était bon, mais nous n’avions pas compris la subtilité »

Mardi, Mohamed Bashir ne s’est donc pas envolé vers le Danemark. L’explication ? « Selon les gendarmes, l’avis d’expulsion n’était pas contraignant. Autrement dit, Mohamed Bashir devait se présenter de lui-même dans la zone d’embarquement ». Le président de la LDH du Finistère nous raconte le déroulé des événements : « quand l’avion est parti, et qu’on a compris que Mohamed n’était pas dedans, on a tous été soulagé. Les gendarmes sont alors venus nous voir pour nous expliquer que la décision était non contraignante. On s’est dit que c’était bon, mais nous n’avions pas compris la subtilité » développe l’homme de 53 ans. « Le problème, c’est que désormais Mohamed peut être poursuivi pour délit de fuite et voir la décision devenir contraignante à tout moment. Donc que les gendarmes l’embarqueraient de force et prendrait le vol avec lui jusqu’au Danemark ».

La préfecture ne bouge pas

La préfecture du Finistère n’a souhaité répondre que brièvement à nos sollicitations : « Nous ne nous exprimerons pas avant le recours devant le tribunal administratif de Rennes, le 29 juin ». En effet, Mohamed Bashir a déposé un recours d’urgence pour voir sa demande d’asile rejuger le plus rapidement possible. « Le délai est court pour qu’on puisse réunir tous les éléments » nous explique Olivier Cuzon. Verdict le 29 juin prochain.

Hugo Frances