PMA pour toutes : le débat qui divise

Ce mercredi, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) donnait son feu vert à la procréation médicalement assistée pour les couples lesbiens et femmes célibataires. Une décision qui a suscité de nombreuses réactions auprès de associations LGBT et de l’Eglise catholique.

« Je suis pour que toutes les femmes puissent être mère. Qu’elles soient lesbiennes ou hétérosexuelles. Célibataires ou en couple ! », déclare Olivier Souder, dirigeant de la plate-forme ACTU-GAY. Selon lui, l’avis favorable du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur la PMA pour les couples de femmes et  les femmes célibataires, « c’est aller sur la bonne voie ».

C’est donc un grand pas pour les Françaises qui vient peut-être d’être fait. Jusqu’à aujourd’hui, seul les couples hétérosexuels ayant des difficultés à procréer pouvaient avoir recours à cette pratique. Ainsi, les couples de lesbiennes et les Françaises désireuses d’avoir un enfant seules avaient recours à l’insémination artificielle en Espagne, Belgique ou au Royaume-Uni.

Une prise de position du CCNE qui n’est pas passée inaperçue. L’Église catholique a appelé le chef de l’État à ne pas « réveiller les passions » sur la PMA. « L’absence même de consensus au sein du CCNE montre qu’un large dialogue est encore nécessaire avant toute mesure législative », a souligné la Conférence des évêques de France dans un communiqué. En effet, un tiers du comité s’est prononcé contre cette évolution.

« La PMA, c’est institutionnaliser le secret des origines ! »

Si l’avis du Comité reste consultatif et « assure dans la société un vrai débat, pacifié et argumenté » d’après Emmanuel Macron, il a suscité de nombreuses réactions. Accepter la GPA c’est « institutionnaliser le secret des origines. On va sciemment priver un enfant de savoir d’où il vient et cela n’est pas tolérable », s’indigne Marie-Jo Bonnet, historienne spécialisée dans l’histoire des femmes et membre du Collectif pour le Respect de la Personne (CoRP) . Celle qui a été consultée par le CCNE sur le sujet, continue : « Pour grandir, un arbre a besoin de racines. Un enfant, c’est pareil. On connaît les conséquences que le secret sur les origines peut engendrer, surtout à l’adolescence ». 

Un argument également mis en avant par la Conférence des évêques de France, pour qui on court tout droit vers « l’organisation d’une filiation sans père » et la « non prise en compte du bien de l’enfant ». Marine Le Pen, s’est également prononcée sur le sujet : « fabriquer des enfants sans père est éminemment négatif pour l’enfant ». Ce à quoi  Didi Omar, co-président de l’association MAG Jeune LGBT, répond : « On a pas forcément besoin de savoir d’où l’on vient. Il suffit d’être entouré d’une une famille qui nous soutient avec un cadre propice à l’enfant, d’après la convention nationale des droits de l’enfant. De plus, pas mal de personnes connaissent leurs origines, vivent avec leurs deux parents,  et ça ne se passe pas toujours bien ».

Conscient « des tensions et des crispations » que provoquent une telle réforme, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement a déclaré : « Il est important de chercher le plus large consensus. Il ne faut surtout pas avoir des positions trop fermes sur cette question, trop dogmatiques, qui opposeraient les uns aux autres ».

La PMA pour se soumette aux  lobbies médicaux financier ?

L’AFC (Les Associations Familiales Catholiques) craint que cette décision ne débouche « inévitablement sur l’autorisation de la GPA (ndlr, gestation pour autrui), négation de la dignité de la femme, de la maternité » pour « répondre aux pressions de lobbies qui militent pour un droit à l’enfant ». Un avis que semble partager l’historienne Marie-Jo Bonnet. L’ouverture du droit à la PMA pour toutes « c’est se soumettre aux lobbies médicaux financiers. On pousse les femmes à faire des enfants. Jusqu’à 40 ans, on les fait travailler pour le capitalisme, puis on leur dit qu’elles sont en âge de se reproduire grâce à la congélation de leurs ovocytes pour les pousser gentiment vers la case chômage ».

« Sommes-nous vraiment prêts à payer pour que des femmes en bonne santé aient recours à une PMA ? », s’interroge Marie-Jo Bonnet. Elle pointe alors du doigt les nombreuses démarches et examens médicaux nécessaires à la mise en place de la procréation médicalement assistée « sans parler des nombreuses tentatives avant qu’une femme tombe enceinte. Et quand on voit les difficultés que connaît déjà la sécurité sociale française… Va-t-on vraiment creuser le trou pour des personnes qui ne sont pas en difficulté ? » A ce problème, elle a une solution : « elles peuvent faire ça chez elles, avec un ami. Cela réduirait les coûts médicaux, ne répondrait pas à la demande des lobbies et assurerait à l’enfant de connaitre ses origines ».

Qui dit PMA, dit GPA ?

« Les conséquences d’une éventuelle généralisation de la PMA. Celle-ci déboucherait inévitablement sur l’autorisation de la GPA », déclare l’AFC dans son communiqué de presse. En effet, les associations catholiques redoutent que le hommes réclament le droit à la gestation pour autrui au nom de l’égalité des sexes. «  Ce débat-là sur la GPA sera un peu plus compliqué  », souligne Didi Omar, co-président de l’association MAG Jeune LGBT.

Pour Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes les couples homosexuels vont forcément revendiquer leurs droits « en dépit de la violence que cela fera aux femmes, si nous gardons comme seul critère la non-discrimination. Sauf, si nous mettons un point d’honneur à vivre un vrai respect pour la femme et aussi pour l’enfant car la GPA le prive brutalement de sa mère gestatrice, ce qui est une violence à son égard. Il serait beau que la France continue à mettre ce respect en forme juridique de façon européenne et internationale».

Olivier Souder, lui, s’interroge sur la place de l’homme au sein de la famille. « D’un côté, on vit dans une société patriarcale, où l’homme est le chef de faille. De l’autre, on se dit qu’il est plus légitime qu’une femme ait un désir d’enfant qu’un homme. On le voit bien, dans la plupart des divorces se sont les femmes qui ont la garde des enfants. Un peu comme si l’homme était une pièce en plus ». De plus, il estime que les féministes se sont accaparées du sujet ne laissent aucune chance aux hommes de s’exprimer « comme si un enfant n’avait pas le droit de désirer un enfant parce qu’il ne le porte pas ».

Bien plus qu’un droit, le désir d’avoir un enfant est un fait. Alors a-t-on vraiment le droit de priver certaines personnes de cette envie ? «Je comprends la souffrance de ces couples. Elle doit être écoutée et ils ont besoin d’un accompagnement adapté. Mais tout envie n’est pas un droit!”, insiste Mgr Pierre d’Ornellas.

Si le CCNE s’est dit favorable à la PMA, la GPA reste interdite en France. « Je félicite le Comité d’avoir tenu bon dans ce combat ! », déclare Marie-Jo Bonnet.

C ferreira da silva