Que reste-t-il de la “Poutou Mania” ?

Phrases chocs, confrontations sans langue de bois, vidéos humoristiques…  S’il y a bien un candidat qui s’est fait remarquer lors de la campagne présidentielle, c’est bien le leader du Nouveau Parti Anticapitaliste, Philippe Poutou. Que devient son parti post élection ? Un jeune militant NPA nous donne son point de vue.

Malgré sa défaite au premier tour de l’élection Présidentielle 2017 (recueillant 1,1% des voies), Philippe Poutou (NPA) a le mérite d’avoir su animer cette campagne riche en rebondissements. Contre toute attente, c’est le « petit candidat » qui aura le plus fait parler de lui, de par son originalité et son franc parler assumé.

Lors de l’élection de 2012 déjà, il s’était démarqué des autres prétendants à l’Elysée en enregistrant une parodie de l’émission « Questions pour un champion », pour présenter son programme.

Cette année, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste a frappé encore plus fort. On notera ses confrontations avec François Fillon et Marine Le Pen en direct lors du débat à onze -auquel il s’est d’ailleurs rendu en simple tee-shirt, son clash avec Laurent Ruquier dans l’émission « On n’est pas couché » sur France 2, ou encore son clip officiel de campagne transformé en parodie du présentateur.

« Le NPA se présente aux élections, non pas dans le but de les remporter, mais simplement de faire passer ses idées plus largement que d’habitude en “profitant” de la fenêtre médiatique qui lui est offerte… bien que cela entre en contradiction avec le fait qu’on soit contre l’ultrapersonnalisation de la politique et pour l’abolition du la fonction présidentielle », explique Florent, 27 ans, militant du NPA.

Si l’objectif était de se faire entendre, mission accomplie, et de loin. Sur les réseaux sociaux, ses punchlines et apparitions médiatiques n’ont cessé de faire réagir les internautes, très inspirés.

Un talent incontournable pour la comédie

Mais surtout, il a démontré ses talents d’acteur dans une série de petits clips mis en ligne sur la page Youtube du NPA. Dans cette série de vidéos intitulée « Mr Capital contre Philippe Poutou », le candidat aborde plusieurs thèmes comme le sexisme, la jeunesse, ou les licenciements, dans des mises en scène toujours très décalées.

Dans chacune de ces vidéos, il apparaît comme le « sauveur », celui qui vient libérer les opprimés des griffes du capitalisme. Dans son clip sur la politique, il débarque dans le bureau d’un patron pour lui mettre un sac aux couleurs du NPA sur la tête, avant de faire fuir ses sbires. Dans celui sur l’écologie, il assomme à coups de pelle un capitaliste hostile à l’agriculture biologique. Celui contre le racisme se transforme carrément en remake de « L’Excorciste ».

De nouveaux objectifs pour le quinquennat d’Emmanuel Macron

Malgré ses initiatives, le candidat n’arrivera pas à atteindre la barre symbolique des 5%. Une défaite qui s’explique notamment par le choix des électeurs d’extrême gauche à se rassembler autour de Jean-Luc Mélenchon. « La campagne de Mélenchon a exercé une pression sur nous c’est indéniable, mais cela est forcément lié aussi aux faiblesses du NPA », admet Florent, « On a sans doute gagné en popularité même si notre score ne le reflète pas ». Peut-être aussi n’a-t-il pas réussi à être pris au sérieux aux yeux des médias. Alors, après l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, que reste-t-il du « Phénomène Poutou » ?

« Le NPA peine encore à mettre en débat un projet de société alternatif au capitalisme (centré sur l’appropriation collective des grands moyens de production pour satisfaire les besoins sociaux et écologiques de toutes) et sur les moyens d’y parvenir », regrette Florent, « Philippe Poutou reste encore trop dans la dénonciation. Il reste trop silencieux sur le rôle néfastes de la politique des directions syndicales (CFDT bien sûr, mais CGT aussi), ce serait pourtant pas du luxe aujourd’hui avec la casse sociale annoncée par Macron, la CFDT est largement convertie au “Macronnisme” cela ne fait pas de doute, la direction de la CGT quant à elle se contente d’un bien timide appel à une seule journée de grève le  12 septembre… Il en faudra bien plus pour faire reculer les sales coups de Macron et du Médef ! ».

Victoria Hidoussi