Rencontre avec deux insoumis qui n’iront pas voter le 7 mai

Face au duel Marcon-Le Pen au second tour, nombre d’«insoumis» ont choisi de ne pas aller voter ou de voter blanc au second tour. Guillaume, un jeune cadre de 30 ans et Hugo, un étudiant de 24 ans nous livrent leurs témoignages.

NousPrésident. C’est quoi pour vous être “insoumis”?


Hugo. Être insoumis, c’est refuser les codes de la société actuelle tant au niveau politique, économique qu’au niveau social.
Guillaume. C’est de ne plus vouloir une société dans laquelle seuls les patrons, seul un tout petit groupe de personnes décident de tout, tout le temps. Je veux que tout le monde ait le droit de faire entendre son opinion. Que les pouvoirs se renversent un peu.
Hugo. C’est aussi avoir l’espoir qu’on peut changer la société tout en enlevant de l’esprit de la majorité des Français la peur de changer radicalement de société et de monde dans lequel on vit.

NS. Êtes-vous engagés en politique?


H. Avant, j’étais moins engagé qu’aujourd’hui mais là où Mélenchon m’a plus plu que les autres c’est pour son projet pour la transition écologique qui représente pour moi le problème majeur du 21ème. Il a le seul projet réfléchi à ce sujet et qu’il construit depuis plus de 10 ans avec des solutions pragmatiques à chaque problème.
G. Je n’ai jamais vraiment été engagé. En réalité, j’ai toujours voté au second tour en réfléchissant au “moins pire” mais je n’ai jamais voté à un second tour avec une véritable conviction. En m’intéressant au programme de Mélenchon, j’ai décidé que ça devait cesser, que j’avais droit à un vrai vote en plein accord avec mes convictions. Donc je me suis davantage engagé notamment en en parlant beaucoup plus autour de moi. Je pense qu’aux prochaines élections je tenterai de réellement apporter mon aide à Jean-Luc Mélenchon.

NS. Pourquoi avez-vous choisi de ne pas aller voter ou de voter blanc au second tour?


H. Parce qu’aujourd’hui voter blanc c’est s’engager, montrer que l’on a des opinions mais que l’on n’est pas d’accord avec les deux projets qui sont présents pour ce second tour. Je suis contre l’idée de dire que si l’on vote blanc, on laisse les autres “se salir les mains”. Parce que voter blanc, c’est aussi prendre le risque d’ouvrir un débat jusqu’alors inédit et qui nous interroge sur la pérennité d’un système que l’on pense obsolète. Aujourd’hui, on veut juste donner notre opinion comme les autres, même si évidemment que nous ne voulons pas voir Marine Le Pen au pouvoir, comme on a entendu certaines personnes le reprocher aux votants blancs ou abstentionnistes.
G. Au second tour, je vais m’abstenir pour montrer à celui qui est élu qu’il n’aura pas mon soutien. Mon but est de mettre en difficulté le prochain président pour que les législatives ressemblent à un troisième tour et que les politiques se rendent compte qu’ils ne peuvent pas se die que ça passe tout le temps. Peut-être aussi que ça éveillera les consciences des uns et des autres sur l’importance de bien choisir son président.

NS. En quoi cet acte est démocratique selon vous?


H. Voter c’est déjà s’engager. Et voter blanc fait partie de nos droits pour exprimer un mécontentement.
G. J’ai le droit de ne pas aller voter. Je fais encore ce que je veux et ne pas aller voter pour moi c’est encore plus fort que de voter blanc.

NS. Comprenez-vous les gens qui vous disent que c’est “faire le jeu du FN”?


H. Non, je ne les comprends pas, et je veux leur répondre que nul qui voterait blanc ou s’abstiendrait ne serait responsable du résultat de cette élection. Les politiques appellent depuis 15 ans à faire “barrage au FN” mais sans jamais se poser la question des raisons de la montée du FN chez les électeurs français. Le vrai problème est là, c’est pourquoi dire que l’on fait “le jeu du FN” est une aberration.
G. Complètement d’accord avec Hugo. La question n’est pas les votants blancs mais bel et bien pourquoi l’extrême droite est arrivée à un second tour. Le problème c’est que depuis des années, en votant pour des candidats qui ne font rien pour la France, les problèmes perdurent et le FN en a profité.

NS. Quels sont vos espoirs pour les prochaines années?


H. Continuer le combat et se préparer de la meilleure des façons pour dans 5 ans. Vous pouvez compter sur nous.
G. J’espère qu’une révolution va s’opérer, que les gens vont se rendre compte qu’il faut que notre système change.

Clémence Forsans