Transition énergétique:la France est-elle prête à passer au vert ?

Moins de 2 mois après son élection, Emmanuel Macron doit déjà se pencher sur des dossiers environnementaux : au programme, les Accords de Paris, la transition énergétique ou encore l’avenir du nucléaire.

Emmanuel Macron s’est montré peu bavard sur la question de l’environnement lors de sa campagne. Ce sujet reste souvent relégué au second plan bien loin des questions dites majeures que sont l’emploi, l’éducation ou encore le terrorisme. Pourtant, l’environnement demeure un thème central dans la politique d’un pays.

Les promesses du fondateur d’En Marche ont de quoi séduire, en témoigne ses objectifs de campagne : « sortir la France des énergies fossiles, accélérer nos mutations vers une production d’énergie équilibrée et sans carbone, faire de l’économie circulaire et du recyclage un nouveau modèle économique, protéger la santé et l’environnement des Français, accompagner les transitions, préserver la planète ».

Son fait d’arme le plus marquant est sans nul doute la nomination de Nicolas Hulot comme ministre de la Transition écologique et solidaire. Le choix de cette figure emblématique de la scène écologique montre bien la volonté du nouveau gouvernement à inscrire l’environnement au centre des débats.

Un grand pas pour Macron…un petit pas pour la planète ?

 J’ai l’impression que son programme est un agglomérat de pleins de mesures qui viennent un peu de partout et que tout le monde connaît comme abandonner le nucléaire, faire attention aux déchets ou encore cesser les centrales à charbon

Cependant, les propositions d’Emmanuel Macron ne semblent pas convaincre les principaux acteurs dans le domaine. Jean-Patrick Teyssaire, fondateur du groupe Planète-Verte dédié à la communication autour de l’environnement et de l’écologie se montre sceptique face aux propositions du nouveau gouvernement :

« J’ai l’impression que son programme est un agglomérat de pleins de mesures qui viennent un peu de partout et que tout le monde connaît comme abandonner le nucléaire, faire attention aux déchets ou encore cesser les centrales à charbon. Il faut savoir que des centrales à charbon il n’y en a quasiment plus, il n’en reste que 4 et des centrales à fuel que 2. Le problème, c’est que l’environnement est un combat mené par des soldats et je trouve que l’armée n’est pas encore constituée chez Macron ».

Le 15 juin dernier, Nicolas Hulot a remis une feuille de route qui promet de revoir les engagements pour l’environnement. Un projet ambitieux qui pourrait changer le paysage français. Néanmoins, un problème persiste celui du financement de cette transition qui risque d’engendrer des bouleversements sur le plan de l’économie générale. Anne Bringault, coordinatrice transition énergétique chez Cler (réseau pour la transition énergétique) pointe du doigt les enjeux financiers pour l’Etat et le grand public :

« On sait que les sujets liés à l’écologie nécessite des liens avec Bercy qui détient les cordons de la bourse où avec le ministère du travail parce que l’on sait qu’il y a des transitions professionnelles à préparer comme avec la fermeture de centrales nucléaires ou de charbon ».

Des promesses mais pour quels résultats ?

C’est l’ensemble du budget de la France qui doit être teinté aux couleurs de l’environnement 

Le président s’est déjà engagé à respecter les Accords de Paris et s’est montré inflexible face au président américain Donald Trump qui rejette en bloc le projet. Ainsi, le gouvernement prévoit d’allouer une enveloppe de 15 milliards d’euros pour la transition énergétique et écologique, une goutte d’eau en comparaison au chantier que représente l’abandon des énergies fossiles au profit des énergies renouvelables.

« Quand on dit que l’on va mettre 15 milliards sur l’environnement sur un budget de 2000, ce n’est clairement pas assez. C’est l’ensemble du budget de la France qui doit être teinté aux couleurs de l’environnement » réclame Jean-Patrick Teyssaire.

De son côté, Anne Bringault attend des mesures concrètes : «  On attend comme nouvelles mesures, des avancées importantes notamment sur le climat et sur la transition énergétique. Le premier secteur d’émetteurs de gaz à effets de serre, c’est le transport et il est vraiment important que l’on réoriente complètement nos transports vers une sortie des énergies fossiles ».

Dans ce sens, Emmanuel Macron propose d’augmenter le prix du carbone avec une taxe de 100€/tCO2 d’ici 2030. De même, la rénovation des logements est nécessaire pour combler les passoires énergétiques, le gouvernement prévoit de donner une prime immédiatement perceptible dès le début des travaux.

Quoiqu’il en soit Emmanuel Macron a désormais instauré l’environnement dans le débat politique comme un sujet central : « ce sujet n’est plus considéré comme annexe mais vraiment comme un sujet central qui détermine notre avenir y compris l’économie et les relations que l’on va avoir avec les autres pays. Il faut garder à l’esprit que les changements climatiques vont impacter le comportement des pays » alerte Anne Bringault.

Reste à savoir si Emmanuel Macron saura adopter des lois pour contraindre les groupes industriels et aussi sensibiliser le grand public à notre planète.

« Je crois qu’on ne peut plus permettre aux industriels de déverser n’importe quoi sur le marché sans aucune limite. L’idée est de créer une autorité avec des mesures beaucoup plus strictes en faveur de l’environnement. Ce sont des lois qui doivent aiguiller une transition avec des assemblées de sages qui proposent des changements. Il faut arrêter d’être trop laxiste et dégager ce qui est nécessaire de ce qui est superflu pour aller vers un changement profond » suggère Jean-Patrick Teyssaire. A bon entendeur…

 

Caroline Vazquez