Voter par procuration d’accord, mais peut-on vraiment faire confiance ?

Utilisé par 1,5 million d’électeurs à la présidentielle de 2012, le vote par procuration est une démarche simple permettant à un tiers de glisser un bulletin dans l’urne en votre nom. Encore faut-il que la personne désignée accomplisse votre volonté.
Au fil des élections, de plus en plus de Français confient leur vote à un proche, faute de pouvoir se déplacer aux urnes le jour J. Cette année, le second tour ayant lieu durant un week-end de pont, le 7 mai veille de jour férié, il y a fort à parier qu’un certain nombre de Français opteront pour la procuration.
À chaque scrutin, la démarche est la même : les électeurs remplissent un formulaire, le plus souvent auprès d’un commissariat ou d’un poste de gendarmerie, et doivent trouver une personne sûre qui pourra glisser leur bulletin dans l’urne au moment venu. Mais comment être sûr que le mandaté respectera le choix du mandant? C’est une question de confiance et rien ne permet de le vérifier.

Donner aux personnes de mêmes opinions politiques

Il est toujours difficile de pouvoir faire confiance lorsqu’il s’agit d’un choix politique. Benjamin, 26 ans, a choisi de confier son vote à sa soeur. Pour lui, « c’est une question d’éducation ! », il reconnait que depuis tout jeune, il a toujours eu les mêmes opinions politique que sa famille. « Je peux donc faire confiance à ma soeur », déclare-t-il.
Même chose pour Noemie, 26 ans après son déménagement à l’étranger dans le cadre de ses études, elle décide de voter par procuration. C’est à une amie qu’elle choisit de confier son bulletin. « Je sais qu’on vote pour le même candidat, je suis donc rassurée ! ».
Un choix pas toujours évident. Benjamin avoue « ne pas faire confiance en une personne qui votera  FN ». Il y ajoute “ces gens-là font tout pour gagner des voix, jusqu’a même trahir les autres, c’est trop risqué. ” D’ailleurs, il arrive que le contrat ne soit pas respecté.

Un bulletin passé de Sarkozy à Fillon

Jeremy 29 ans, n’a toujours pas digéré ce qui lui est arrivé aux élections de la primaire de droite en novembre 2016. Il s’aperçoit qu’il ne sera pas présent pour aller voter.  « J’ai donc demandé à un ami d’enfance d’y aller à ma place», raconte-t-il. Les consignes sont données: il veut voter pour Nicolas Sarkozy. Son ami pour Francois Fillon.  « Mon ami m’a assuré que ça ne lui posait aucun problème. Il avait même essayé de me rassurer en me disant qu’on se connaissait depuis longtemps et que la politique passait après notre amitié. Je lui ai donc fait confiance ». Sauf que quelques jours plus tard, Jeremy apprend au détour d’une simple conversation que son ami l’a «trahi». « Il m’a avoué avoir voté deux fois Francois Fillon car il était impossible pour lui de glisser un bulletin pour ‘l’homme aux problèmes avec la justice», se souvient l’étudiant. «Sur le moment, je me suis senti trahi. Et aujourd’hui je me dis Fillon ? Mais quelle ironie du sort ! ». À un mois du premier tour présidentielle, il fera désormais en sorte d’être disponible ce jour-là. « Je ne ferai plus appel au vote par procuration ».

 

Le vote restant secret, il n’y a aucun moyen de vérifier le bon déroulement. Mais Clémence, 33 ans a « trouvé la solution au problème ».  Étant en déplacement  pour les prochaines élections, elle fera appel «  à un militant du parti du candidat choisi, au moins je suis sûre qu’il n’y aura pas de triche » affirme-t-elle.
Les partis apprécient particulièrement ce système et proposent des consignes très fiables sur leur site. Mais attention en cas de changement d’avis, la procédure devient alors compliquée.

Naomie Benhamou